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Hommage aux sénatrices issues de la Résistance - 27 mai 2014

 

 

Le Sénat a organisé le 27 mai 2014, à l'occasion de la Première journée nationale de la Résistance et à l'initiative de la délégation aux droits des femmes du Sénat, présidée par Mme Brigitte Gonthier-Maurin, une cérémonie suivi d'un colloque en hommage aux sénatrices issues de la Résistance, dont faisait partie Françoise Seligmann.

Si vous souhaitez obtenir plus d'informations sur le thème "Femmes résistantes", un site Internet dédié a été réalisé par le Sénat : cliquez ici.

Discours de Mme Christiane Demontès, Vice-présidente du Sénat, prononcé en hommage à Françoise Seligmann [vidéo disponible ici (début du discours à 8'17)]

Mesdames, Messieurs,

Bonjour à vous tous,

J’ai choisi d’évoquer l’action de Françoise Seligmann. Son parcours politique au parti socialiste et son engagement inlassable en faveur des droits de l’homme m’ont donné envie de parler d’elle. J’ai aussi fait ce choix parce que j’ai eu l’occasion de côtoyer Françoise Seligmann : sa force de conviction et sa générosité, jointes à un humour parfois rugueux et une ironie certaine, m’ont beaucoup marquée, comme d’ailleurs tous ceux qui l’ont approchée…

Françoise Jullien (Seligmann est le nom de son mari, François-Gérard Seligmann, marchant d’art et résistant, rencontré pendant l’Occupation), Françoise Jullien donc est née le 9 juin 1919 à Marseille.

Au début de l’Occupation (elle a alors 21 ans), son père, qui vit à Casablanca où il est remarié, lui propose de le rejoindre et de ne pas rester auprès de sa (je cite ses mots) « juive de mère ». Françoise refuse. Contrainte d’abandonner ses études, elle commence une carrière d’assistante sociale et se spécialise dans l’enfance délinquante.

Dès 1941, elle participe à la mise en place d’une filière d’évasion vers la Suisse et permet à de nombreux Juifs de fuir la France. Elle conduit parfois elle-même ces proscrits vers la frontière.

Au sein du mouvement Combat, elle s’occupe du service social, comme d’ailleurs d’autres nombreuses femmes résistantes, ce qui signifie qu’elle vient en aide aux résistants et à leurs familles, par exemple pour fournir de faux papiers et pour trouver des lieux d’hébergement et de repli pour les fugitifs.

Elle travaille également pour le NAP (Noyautage des administrations publiques), organisation du mouvement Combat créée pour infiltrer les administrations de Vichy.

Elle travaille aussi, à partir de 1943, pour les Mouvements Unis de la Résistance, qui résultent de la réorganisation des grands réseaux souhaitée par Jean Moulin. Elle participe même à des évasions, armes à la main : elle fait partie en particulier en janvier 1944 des résistants qui libèrent Yvette Bernard de la prison de Blois.

Bien des années plus tard, en 2000, elle écrira l’histoire de son engagement dans la Résistance sous le titre : Liberté, quand tu nous tiens. « Je ne fais pas de passéisme, dira-t-elle, je soutiens que pour construire l’histoire de demain, il ne faut pas oublier celle d’hier. » C’est clairement l’ancienne résistante qui parle !

Au titre de son action de résistante, elle a reçu la médaille de la Résistance et la Légion d’Honneur. Elle sera aussi commandeur de l’Ordre national du Mérite et de l’Ordre des Arts et des Lettres.

J’en viens à un autre aspect très important des combats de Françoise Seligmann : les Droits de l’homme.

Opposée catégoriquement au colonialisme, elle mène campagne contre la torture en Algérie avec la Ligue des Droits de l’homme, à laquelle elle adhère dès 1949. Ce combat, elle le partage avec d’autres anciennes résistantes comme Germaine Tillion et Madame Marie-José Chombart de Lauwe, que je salue.

Cet engagement pour les Droits de l’homme a été le fil conducteur de toute la vie de Françoise Seligmann : le Prix Seligmann a été créé en 2004 pour récompenser les ouvrages dénonçant le racisme sous toutes ses formes, en mémoire du combat contre l’occupant nazi qu’elle partagea avec son mari, et en 2006 a été créée la Fondation Seligmann, dont des représentants sont parmi nous aujourd’hui.

Françoise Seligmann est aussi, bien sûr, une femme politique.

À la fin des années 1950, elle est très proche de Pierre Mendès-France qui lui confie le secrétariat national de l’Union des forces démocratiques.

En 1974, elle rejoint le Parti Socialiste où elle côtoie François Mitterrand. Elle y exerce d’importantes responsabilités. Pendant les années au cours desquelles la gauche est écartée du pouvoir, elle contribue à théoriser le rôle de l’opposition et manifeste dans ce domaine une exigence et un refus de toute complaisance particulièrement stimulants.

Je l’ai fréquentée à cette époque : je me souviens d’une femme très déterminée, impressionnante et intimidante !

En 1992, Françoise Seligmann entre au Sénat à la suite du décès de Robert Pontillon. La nouvelle sénatrice des Hauts-de-Seine siège d’abord à la commission des Affaires culturelles, puis à la commission des Lois.

Au cours de ce bref mandat (de mars 1992 à septembre 1995), deux thèmes émergent plus particulièrement parmi ceux qu’a défendus Françoise Seligmann au Sénat.

Françoise Seligmann meurt le 27 février 2013 ; celle que le Nouvel Observateur avait surnommée la « vieille dame indignée de la gauche française »  décède le même jour qu’un autre résistant illustre, lui aussi indigné célèbre, Stéphane Hessel.

 

                                                                                                         © Françoise Laborde

10-06-2014

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